Jean Giono, les villages du Trièves
Les villages, le voyageur immobile
Les villages du Trièves sont encore simples, presque immuables, encadrés par les quatre piliers du ciel de cette vallée entièrement circonscrite. Une église et son clocher, des maisons aux toits de tuile disposées de manière en apparence peu organisée, le tout en regard d'une montagne qui semble surveiller que tout s'y passe bien… Les nouveautés y sont bien intégrées, et il y en a.
La vie y était collective. On émondait les noix, on faisait le pain et la pogne de courges, on foulait le vin, on distillait la gnôle, on fanait et rentrait le foin en groupe, par famille ou par hameau. Faute de routes, chaque village avait ses échoppes d'artisans et fabriquait tout ce qu'il lui fallait : clous, tuiles, tissus, vaisselle… Encore aujourd'hui beaucoup rechignent à "descendre à la ville" ; on trouve à peu près tout dans le Trièves.
Quatrième partie
Toutes les auberges à la fois
Village de mens, capitale du Trièves, devant le Bonnet de Calvin et l'Obiou dans le brouillard.
“...Et moi aussi j'habite tout le pays. Je ne suis pas seulement ici dans les prairies de Prébois, mais je marche plus vite que mon pas et je suis partout à la fois, et toutes les odeurs je les sens, toutes les formes je les touche. […] Je suis celui qui entre dans tous les villages et se plante droit devant l'atelier du maréchal-ferrant et regarde, ou devant l'atelier du menuisier, ou devant celui qui aiguise la faux. […] Ce soir, j'entre dans toutes les auberges à la fois et je m'assois à toutes les tables de tous ceux qui parlent dans ce grand pays, dans tous ces villages de Saint-Michel, de Prébois, de Saint-Maurice, de Lalley, de Tréminis, de Saint-Baudille et du Monetier. […] Car les villages sont de petits villages largement pénétrés par les champs, les arbres, le vent, le bruit des forêts et le craquement des hautes montagnes...”
Les jardins de Pré-Villars
Village de Saint Maurice en Trièves, à droite l'Aulp et Rognon, on voit une partie du rond évoqué en venant de Lalley.
“On se préparait aux grands travaux de l'été et, présentement, on farfouillait un tout petit peu dans les jardins potagers au lieu-dit Pré-Villars, dans la boucle de la route de Saint-Maurice. À cet endroit-là, la route débouche d'une tranchée, au-dessus d'une cuvette dans laquelle tout le village a ses potagers, et pour aller entrer au village, la route fait le tour de cette cuvette, presque un rond complet.”
Ce qui ne s'explique pas : le labyrinthe de buis du Bongalove.
Hameau des Entressaux, perché au dessus de Mens, ou on pourrait situer ce labyrynthe de buis imaginaire, téâtre de drames mystérieux ...
“On avait l'impression que, peut-être un jour, brusquement, au détour de cinq minutes, un éclat de rire, une larme, ou n'importe quoi, finirait par nous expliquer ce qui ne s'était jamais expliqué. On avait toujours les yeux fixés sur l'emplacement où s'était tenu Langlois, et voilà pourquoi, nous autres, souvent, nous allions fumer nos pipes sur ce flanc de coteau qui dominait le labyrinthe de buis du Bongalove.”
Le voyageur immobile
Un concept qui a pris un jour nouveau, avec la tendance grandissante à voyager dans un près immédiat pour épargner l'environnement ...
“...Le voyageur immobile : où je vais personne ne va, personne n'est jamais allé, personne n'ira. J'y vais seul, le pays est vierge et il s'efface derrière mes pas. Voyage pur. Ne rencontrer les traces de personne...”
Se servir de la solitude
Berger au Col de la Croix, entre Bonnet de Calvin et Obiou... Un métier, une solitude mais aussi une cohabitation constante entre moutons, patous, loups et promeneurs ...
"...La solitude est l'endroit où les comptes ne sont jamais faits. Il ne s'agit plus de se guérir de la solitude : il s'agit de s'en servir...”
Les Trois arbres de Palzem, Gallimard, 1984, p. 97
L'abri des montagnes
Dans cette maison près de Mens, perdue dans le brouillard, le Mont Aiguille disparait... Un double abri, blotti au coin de feu...
Délices de la pluie
La hauteur exige
“...La hauteur exige...” Jean Giono, préface à L'Opéra de Pics de Samivel
Aller chercher fortune là-haut
“...Il faut être aristocrate d'une manière quelconque pour aller chercher fortune au-dessus d'une certaine altitude...” Jean Giono, Angelo
C'est de ce pays que j'ai été fait
Cité dans Bourgeois et Serroy, Le Trièves de Giono, Musée dauphinois, 1996, p. 5
La montagne est ma mère
“La montagne est ma mère. Je déteste la mer, j'en ai horreur. Rien ne me prédispose plus au bonheur que les avenues qui entrent dans les Alpes. Je suis alors comme une chaumière illuminée ; mes yeux flambent.”
Les morceaux de sucre des Alpes
“À Manosque, je vais toujours me promener vers l'est pour voir apparaître dans l'échancrure de la vallée le vaste bol d'opaline bleue où sont entassés les énormes morceaux de sucre des Alpes. La vue des glaciers et des pâturages à chamois suffit à embraser ma respiration et mon sang.”











