Photographe Mont Aiguille – Paysages du Trièves
Son sommet pourrait contenir 14 terrains de football !
Je l'ai fait, il y a longtemps. La montée depuis la Richardière, les Meules, la traversée vers la Tour des Gémeaux, puis les vires, les gradins et les couloirs qui mènent en haut, au pré dont parlait d'Antoine de Ville.
Antoine de Ville, sur ordre de CharlesVIII, est arrivé au sommet le 26 juin 1492, avec des échelles, comme on prenait une forteresse. Il a écrit de là-haut qu'il avait trouvé « un beau pré qui demanderait quarante hommes pour le faucher » et une belle garenne de chamois. Ils sont restés six jours. L'huissier envoyé par le Parlement de Grenoble pour constater a refusé de monter.
On parle beaucoup moins de Jean Liotard, villageois de Trézanne, qui a osé, en 1834, 342 ans plus tard, la deuxième ascension... Sans échelles et sans huissier.
Je sais à quelle heure il prend le soleil en octobre, par où la brume arrive quand elle vient du Vercors, et sur quelle route s'arrêter en mai pour l'avoir derrière les coquelicots. Trapu depuis Chichilianne, effilé depuis le Trièves, triangulaire depuis Gresse en Vercors, chaotique depuis les plateaux . Parfois il disparaît pendant trois jours, et réapparaît dans un délire de lumière.
9 rendez-vous avec le Mont Aiguille
Un étang bien vert au premier plan, une falaise rectangulaire au fond, et cette barque verte qui semble vous dire: "voulez vous un billet pour le Mont Aiguille ?"
Trois semaines par an, le rouge des coquelicots monte jusqu'au pied du Mont Aiguille, au grand désespoir de certains agriculteurs, pour le plus grand bonheur des photographes et randonneurs
Quand la neige vient de tomber et que le ciel tourne au mauve, sa silhouette est effilée et très différente des trois autres faces, et lui fait mériter son titre de Mont Aiguille ...
Le ciel est noir, un rayon de soleil éclaire la paroi, et l'arc-en-ciel passe rapidement en transparence. Cinq minutes, puis tout s'est refermé. L'orage hésite, tourne, puis renonce à frapper le Trièves.
La face est du Mont Aiguille passe au rouge pendant que la lune pleine descend sur l'autre versant, orange et basse. Elles se croisent quelques minutes, deux ou trois fois par an.
Le ciel vire au jaune, la mer de nuages bleuit, et tout ce qui dépasse devient silhouette. Vu du Connest, trente kilomètres plus loin, au 500 mm. En dessous on ne voit rien, on est sous le nuage!
En me déplaçant je pose exactement le soleil sur l'arête et il explose en étoile. Un pas à droite il passe à côté, un pas à gauche il est déjà derrière. C'est une affaire de secondes et de mètres.
C'est presque la face nord, grise et froide, celle qui prend rarement la lumière. On la voit mieux depuis le Baconnet, et il faut accepter qu'elle ne soit jamais très bien éclairée.
Attention au torticolis, il faut lever la tête pour le voir ! On distingue en haut à droite l'aiguille, à qui il doit peut être son nom . C'est le hameau de Jean Liotard, le deuxiàme à y etre monté en 1834.
Antoine de Ville a réglé l'affaire en six jours. Il est monté, il a fait dire la messe, planté trois croix, écrit sa lettre au Parlement de Grenoble, et il est redescendu. Mission accomplie. Lui est monté une fois. Moi je n'en ai pas fini de tourner autour.
J'en suis à trente ans et quelques milliers d'images. La brume qui s'ouvre au bon moment, la lune qui se pose sur l'arête, les coquelicots de mai, le soleil qui explose derrière la paroi, je les ai. Je repartirai quand même, parce qu'il y a toujours un matin où il va me faire quelque chose qu'il n'avait pas encore fait.
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